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Martine Lemieux - espace 1
jeudi 10 avril au samedi 10 mai 2008
Décousue - Exposition de tableaux (textiles) |
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Née à Montréal, Martine Lemieux a passé son enfance en Allemagne, aux États-Unis et au Québec. Diplômée en design de mode, elle produit sa griffe pendant plusieurs années, suivi de collaborations avec des manufacturiers et détaillants. Le marché de la mode commerciale ne répondant pas à son désir de création, elle quitte pour retrouver la peinture, médium qu’elle exerçait avant d’être designer. Ce retour lui permettra de faire la transition vers un art visuel où elle mue le vêtement en tableau. Décousue illustre ce pont que Martine Lemieux a progressivement retrouvé entre l’art et la mode, deux moyens d’expressions esthétiques et plastiques.
L’artiste travaille systématiquement avec des vêtements déjà consommés, leurs octroyant une nouvelle histoire. Les croisements des textiles représentent les enchevêtrements de nos vies, chemins et relations. Ils incarnent ces liens de solidarité qui sont à la base de notre existence. Ses œuvres illustrent le besoin d’association à un groupe, à une famille et d’avoir une proximité physique avec ces êtres chers. Le monochrome, présent dans ses œuvres, transmet l’idéal d’harmonie et d’intégrité, le désir de s’entourer de gens qui partagent les mêmes valeurs. Elles représentent une danse humaine. Dans ses œuvres, un code de couleurs s’est installé intuitivement. Le noir, s’il est chic et conservateur, neutre et passe-partout, rappelle aussi l’effacement public. Le blanc suscite une certaine tension, renvoyant à la pureté. Il est en quelque sorte l’absence de couleur : la non-mode. Intemporel, léger et féminin, de par sa luminosité, le blanc évoque également l’espoir. Le denim suggère davantage la masculinité et représente l’universalité, l’accessibilité, la durabilité.
Les surpiqûres symbolisent les courants d’énergie, les échanges et les connexions, soulignant la nature inévitable de l’attachement. Tout comme les liens du tissu social, sans les coutures et les surpiqûres, les vêtements n’existent pas. Le travail de Martine Lemieux porte à réfléchir sur notre société. Son travail naît littéralement de notre surconsommation, qui lui fournit sa matière première. Dans une culture de l’éphémère où les modes se relaient à un rythme fou, on achète constamment la dernière nouveauté pour renouveler son identité : “I shop therefore I am” (Barbara Kruger).
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Pascal Mougin - espace 2
jeudi 10 avril au samedi 10 mai 2008
ZI / ZA - Exposition de photographies |
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Les zones industrielles ou « zones d’activités » de petites dimensions sont nombreuses en France, où la déprise agricole et la forte disponibilité du foncier favorisent leur implantation à la périphérie des villes et des villages. Fait nouveau, la localisation de ces zones dépend moins des contraintes du lieu que d’une logique globale. Les exigences d’accessibilité au sein d’un large réseau de transport des marchandises et de déplacement des personnes priment, pour le choix des sites, sur les éventuelles traditions locales et les rapports de proximité au sein de l’espace environnant. Une tendance renforcée par la logique immobilière : l’offre précède ici régulièrement la demande, les communes ou les départements préemptent, viabilisent et lotissent les terrains, et signalent à grand renfort de publicité les programmes engagés, à l’intention des entreprises toujours plus nomades susceptibles de venir s’y installer. Il en va du bâti comme d’une portion de câbles à haute tension : leur présence en pleine campagne ne s’explique que par une invisible configuration d’ensemble. Ces locaux devenus familiers dans l’environnement quotidien deviennent insolites une fois photographiés. Leur étrangeté est renforcée par le traitement de l’image numérique. Les interventions visent à réaliser des images « possibles », c’est-à-dire intermédiaires entre l’image sous contrat avec le réel et l’image impossible ou fantastique. Il s’agit moins de suspendre que de problématiser le rapport indiciel entre la photographie et son objet : produire l’étrangeté, jeter le trouble, provoquer l’interrogation – la réalité est-elle vraiment comme ça ? – et brouiller l’opposition entre l’authentique et l’artéfact. Au fil des images, on pourra ne pas remarquer la retouche sur tel détail, pourtant créé numériquement, et inversement suspecter tel autre, pourtant réel. Il se pourra même qu’on regarde une image à peine retravaillée – il y en a – en croyant à une image de synthèse. C’est que la photographie de ces bâtiments vite construits et rapidement démontables ressemble à l’image de synthèse qui a permis leur prévisualisation au client : les bardages de tôle gaufrée, au profil calculé par ordinateur, découpés au laser, anodisés ou teintés dans la masse, les strictes parallèles et le tendu impeccable des surfaces produisent, saisis par le capteur matriciel et repris à la palette graphique, une impression d’irréalité qui semble les soustraire au devenir. La photographie du bâtiment ramène en boucle à l’avant de sa construction. Cette boucle autour d’une nouveauté sans horizon évoque l’utopie d’une négation du temps, le ressassement d’un pur présent perpétuel : le régime d’historicité de l’économie d’aujourd’hui ?
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Francis Kerdevez - espace 3
du jeudi 10 avril au samedi 10 mai 2008
Aplat - Exposition de photographies |
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Diplômé du Cégep du Vieux-Montréal en photographie, Francis Kerdevez étudie actuellement à l’UQÀM en design graphique. Après sa rencontre fortuite avec la photo et sa période de travail inspiré de photographes tels qu’Irving Penn et Henri Cartier-Bresson, Kerdevez s’intéresse aux espaces physiques en milieu urbain dans sa présente exposition intitulée 3’3’’.
La documentation, l’illustration d’une réalité sont les aspects dominants de cette série de photographies. Kerdevez se voit plutôt comme un spectateur de la scène, détaché complètement du lieu. En effet, la série présente à l’observateur une vision du monde indépendante de toute émotion, de toute suggestion de la part du photographe.
Inspiré d’un documentaire, Kerdevez emploie la technique du carroyage, terme archéologique qui désigne le découpage d’un site en zones carrées, pour réaliser cette série. Chaque œuvre est composée de plus de mille photos jumelées qui transforment l’espace réel en une surface plane et sans perspective. Le photographe délaisse ainsi toute esthétique qui pourrait devenir la marque de l’identité de l’artiste pour une approche plus minimaliste et objective.
Les lieux évoqués dans les oeuvres sont des surfaces banales que le hasard à amener Kerdevez à découvrir et à photographier. Chaque petit carré de terre, d’asphalte et de pavement représente une trace archéologique, anthropologique et temporelle de l’existence quotidienne de l’être humain. La notion d’éphémère est présente dans chaque œuvre où la surface malléable est rongée par les empreintes d’une société en constante évolution. Il est vrai que les photos reflètent ce que l’homme est aujourd’hui, mais comme le mentionne le photographe, son intention n’est pas d’interpréter les sujets qu’il montre, mais de présenter une documentation physique du lieu à la manière des géologues et des archéologues.
Grâce au rôle de témoin anonyme de Kerdevez, le spectateur peut voir une certaine pérennité présente dans les surfaces exposées, une vision intemporelle de la réalité. Derrière chaque photo, il y a l’idée d’une vue qui est impossible à réaliser sans montage d’où la nécessité de quadriller l’espace. L’observateur est confronté à des œuvres qui sont à la fois géantes et infiniment petites pour toujours. Il peut soit avoir le dessus, soit éprouver une forme de vertige devant le travail de Kerdevez.
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