Onetop : Concours de design graphique sur t-shirt

Exposition Onetop

La galerie [sas] présente du 6 juin au 30 juillet la troisième édition de Onetop, l’événement qui révélera les grands gagnants du concours en arts-visuels sur t-shirts dont le thème est la société. Le jury de cette année a sélectionné 30 projets et est composé de Emilie Dubreuil (journaliste à l’émission Macadam Tribu : Radio Canada), Philippe Lamarre (fondateur et rédacteur en chef du magazine Urbania), Frédéric Metz (Directeur du département de Design de l’UQAM) et Denis Desro (rédacteur en chef Mode à Elle Québec).

Le vernissage est prévu le lundi 6 juin 2005 dès 17h30

Les grans gagnants sont :

Nicholas Hanna, Mathieu Lebuis, Joanie Turmel, Robin Poulin Lemieux, Philippe Roy, Audrey Auclair, Cedric Houin, Sylvain Thomin, Melanie Casavant, Riccardo Cellere, Chris Tucker, Cristine Francescutti, Jean-Sebastien Baillat, Richard Lopez, Marc-Antoine Jacques, Vincent Lapierre, Marjolaine Samson, Shany, Michel Cayouette, Sebastien Lepine et Sylvain Thomin, Dominic Dauphinais Francois Maisonneuve, Emmanuelle Vincent, David Champagne, Annie Bastien, Karine Gibouleau

T-shirt, patron des arts

Mettre ou ne pas mettre, là est la question… Le T-shirt, au-delà de l’Homme sandwich, c’est l’Homme T, comme tableau. Véritable catalogue de notre époque, il voyage à travers le temps et les modes. Véhicule de paradoxes, il est pourtant la norme. T-shirt, uniforme unisexe, c’est l’étendard d’un standard idéal puisque l’on ne s’en lasse pas. Il transcende les classes car il est, précisément, sans col. C’est un forum ambulant. De la Fureur à la sueur, c’est l’éponge des émotions... Il est la page blanche, en vogue, d’un cahier de doléances. Il porte les mantras de chaque personnalité : c’est un fétiche du panache. C’est un symbole de la société ouverte. Il est la vitrine d’un corps et d’une âme, social et personnel. Il est le tissu social.

On en a fait un filtre, un code, une lunette, un écran bleu, tant il est répandu, tant il est devenu a priori insignifiant. C’est grâce à lui, comme un terrain neutre, comme une zone tampon, qu’on y repère un message : le signifié de celui qui le porte. Il prend forme grâce à la sculpture du corps qui l’habite. Il n’est pas ce que l’on voit. Mais on regarde à travers lui…

On voit encore plus de misère lorsque l’on regarde des images de catastrophes ou bien le débarquement de boat people dans nos ports car on voit parfois sur ces gens des tatouages de notre société. Que ce soit un exilé cubain qui porte un T-shirt de l’Expo 67 ou bien une fillette des favelas qui s’en sert comme robe, ce vêtement est aussi une carte postale morbide dans un monde injuste. Mais ce tissu voyage souvent grâce à la charité, grâce aux dons de toutes sortes. Il habille parfois les plus démunis et cela transforme le spectacle en une scène absurde ou sensibilisatrice, où les références ne sont pas appropriées mais où un autre discours se tient : celui de la conscience. On ne jette pas un T-shirt, on le donne : Il est socio-dégradable.

Nous possédons tous cet uniforme T. C’est bien une chose commune, ce qu’on appelle en Latin, la Res publica. Alors, qu’il déambule dans notre société riche ou qu’il se retrouve au fin fond de la misère, il soutient toujours un contexte : c’est un porte voix, parfois d’un message criant, qui nous rappelle notre situation, nos intentions et bien sûr, celles des autres. Il y a constamment un jeu entre celui qui le regarde et celui qui le porte. Il est une offensive passive, une offensive passante… Le T-shirt est direct, il est le support d’un discours sur-entendu…

One Top, un concours de circonstances

One Top est un concours qui vise la reconnaissance de ceux qui créent des messages et des images. Il a choisi justement de creuser dans l’imaginaire des artistes et de manipuler les pouvoirs du T-shirt. C’est maintenant au tour de ces créateurs de s’exprimer sur une nouvelle toile. Celle-ci est ambulante et polymorphe.

De 84 projets, pour la première année, à 370 en 2005, il y a un engouement très significatif et les participants sont de plus en plus préparés. L’événement est devenu un regroupement de compétences d’artistes du Québec entier mais aussi de France, d’Angleterre et des États-Unis. Et à chaque fois, il y a un véritable consensus multidisciplinaire qui abouti à des équipes éphémères et tous cela dans le but de construire un message. One Top est un catalyseur des discours qui se nourrit de bouche à oreille et qui gagne en popularité car il crée un plaisir qui est lié à la création libre. Ce concours est dans le fond très accessible et il libéralise le design graphique.

Et dans le but de bien cerner les thèmes, nous choisissons chaque année de nouveaux jurys.

One Top est aussi en train de devenir une référence, et peut-être même un refuge, pour la création libre. Et cela peut permettre de stimuler les artisans dans leurs projets personnels, ce qu’ils ne peuvent pas toujours faire compte tenu des exigences du monde professionnel. Il n’y a effectivement pas de clients.

Un tremplin pour les artistes

D’une certaine manière, le concours fait un pied de nez à l’Académie de l’art car il n’y a pas de langage officiel, or il y a un message. Un message d’ailleurs qui offre une visibilité à l’artiste car il est destiné au grand publique.

Dans un monde où le piratage est partout, les royalties seront avant tout respectés. Et il est peu dire que nous encourageons les artistes à passer à l’abordage… Il s’agit ici de poser leurs signatures, leur griffes, sur ce canevas. Une biographie des gagnants sera d’ailleurs sur le site. Ainsi, pour les intéressés, ils n’auront qu’à cliquer sur la légende du créateur pour en connaître davantage sur son monde imaginaire.

Si le T-shirt est un produit de masse qui se multiplie grâce à des économies d’échelles, nous voulons quand même permettre l’ascension des créateurs sans passer par la production industrielle. Les œuvres seront limitées mais elles seront accessibles pour le coût d’un produit anonyme. Bien au-delà de l’objet rare, l’uniforme T démocratise l’œuvre d’art puisqu’il est le musée mobile. Et l’individu qui l’habite devient par le fait même un mécène.

Le concours est un habitacle qui devient une vitrine qui profite à l’artiste. En effet, à l’issus de One Top, des voies s’ouvrent aux créateurs, peut importe leurs disciplines. Par exemple, certains projets ont remporté d’autres concours comme Grafika, à Montréal, et Applied Arts, à Toronto.

Destiné à des individus conscients

Les artistes laisseront effectivement plus qu’une impression… Leur vision sera entre les mains du passant car ce dernier aura repris le flambeau. One Top encourage la prise de position par le relais de l’idée. Pour ceux qui sont en quête de sens, voilà une avenue…

Par l’appropriation, cet individu aidera l’auteur à se détacher de son œuvre et à la rendre encore plus publique. Une vraie distance se fera au fur et à mesure de la « démarche » du porteur.

La glorification du T-shirt rend en fait service au besoin d’identification qu’ont les œuvres et les individus, qu’ils soient artistes ou mécènes. Le T-shirt est fait d’un fil conducteur…

Martin Moreira