Martine Lemieux : Decousue

Exposition Martine Lemieux

Née à Montréal, Martine Lemieux a passé son enfance en Allemagne, aux États-Unis et au Québec. Diplômée en design de mode, elle produit sa griffe pendant plusieurs années, suivi de collaborations avec des manufacturiers et détaillants. Le marché de la mode commerciale ne répondant pas à son désir de création, elle quitte pour retrouver la peinture, médium qu’elle exerçait avant d’être designer. Ce retour lui permettra de faire la transition vers un art visuel où elle mue le vêtement en tableau. Décousue illustre ce pont que Martine Lemieux a progressivement retrouvé entre l’art et la mode, deux moyens d’expressions esthétiques et plastiques.

L’artiste travaille systématiquement avec des vêtements déjà consommés, leurs octroyant une nouvelle histoire. Les croisements des textiles représentent les enchevêtrements de nos vies, chemins et relations. Ils incarnent ces liens de solidarité qui sont à la base de notre existence. Ses œuvres illustrent le besoin d’association à un groupe, à une famille et d’avoir une proximité physique avec ces êtres chers. Le monochrome, présent dans ses œuvres, transmet l’idéal d’harmonie et d’intégrité, le désir de s’entourer de gens qui partagent les mêmes valeurs. Elles représentent une danse humaine. Dans ses œuvres, un code de couleurs s’est installé intuitivement. Le noir, s’il est chic et conservateur, neutre et passe-partout, rappelle aussi l’effacement public. Le blanc suscite une certaine tension, renvoyant à la pureté. Il est en quelque sorte l’absence de couleur : la non-mode. Intemporel, léger et féminin, de par sa luminosité, le blanc évoque également l’espoir. Le denim suggère davantage la masculinité et représente l’universalité, l’accessibilité, la durabilité.

Les surpiqûres symbolisent les courants d’énergie, les échanges et les connexions, soulignant la nature inévitable de l’attachement. Tout comme les liens du tissu social, sans les coutures et les surpiqûres, les vêtements n’existent pas. Le travail de Martine Lemieux porte à réfléchir sur notre société. Son travail naît littéralement de notre surconsommation, qui lui fournit sa matière première. Dans une culture de l’éphémère où les modes se relaient à un rythme fou, on achète constamment la dernière nouveauté pour renouveler son identité : “I shop therefore I am” (Barbara Kruger).