Francis Kerdevez : Aplat

Exposition Francis Kerdevez

Diplômé du Cégep du Vieux-Montréal en photographie, Francis Kerdevez étudie actuellement à l’UQÀM en design graphique. Après sa rencontre fortuite avec la photo et sa période de travail inspiré de photographes tels qu’Irving Penn et Henri Cartier-Bresson, Kerdevez s’intéresse aux espaces physiques en milieu urbain dans sa présente exposition intitulée 3’3’’.

La documentation, l’illustration d’une réalité sont les aspects dominants de cette série de photographies. Kerdevez se voit plutôt comme un spectateur de la scène, détaché complètement du lieu. En effet, la série présente à l’observateur une vision du monde indépendante de toute émotion, de toute suggestion de la part du photographe.

Inspiré d’un documentaire, Kerdevez emploie la technique du carroyage, terme archéologique qui désigne le découpage d’un site en zones carrées, pour réaliser cette série. Chaque œuvre est composée de plus de mille photos jumelées qui transforment l’espace réel en une surface plane et sans perspective. Le photographe délaisse ainsi toute esthétique qui pourrait devenir la marque de l’identité de l’artiste pour une approche plus minimaliste et objective.

Les lieux évoqués dans les oeuvres sont des surfaces banales que le hasard à amener Kerdevez à découvrir et à photographier. Chaque petit carré de terre, d’asphalte et de pavement représente une trace archéologique, anthropologique et temporelle de l’existence quotidienne de l’être humain. La notion d’éphémère est présente dans chaque œuvre où la surface malléable est rongée par les empreintes d’une société en constante évolution. Il est vrai que les photos reflètent ce que l’homme est aujourd’hui, mais comme le mentionne le photographe, son intention n’est pas d’interpréter les sujets qu’il montre, mais de présenter une documentation physique du lieu à la manière des géologues et des archéologues.

Grâce au rôle de témoin anonyme de Kerdevez, le spectateur peut voir une certaine pérennité présente dans les surfaces exposées, une vision intemporelle de la réalité. Derrière chaque photo, il y a l’idée d’une vue qui est impossible à réaliser sans montage d’où la nécessité de quadriller l’espace. L’observateur est confronté à des œuvres qui sont à la fois géantes et infiniment petites pour toujours. Il peut soit avoir le dessus, soit éprouver une forme de vertige devant le travail de Kerdevez.