Catherine Bolduc

Dans ma pratique artistique (installation, sculpture, vidéo et dessin), je m’intéresse à la manière dont la psyché humaine perçoit et construit la réalité en y projetant ses propres désirs, en la transgressant par la fabrication de merveilleux et de fiction. Mon travail se nourrit principalement d’expériences subjectives liées à des souvenirs personnels où la fabulation et l’idéalisation opèrent une transfiguration mentale du réel ou bien, inversement, où le désir subit l’épreuve de la réalité, où l’illusion fait face à la désillusion et à la déception. Mes œuvres invitent à faire l’expérience d’objets et d’espaces fantasmagoriques qui réfèrent, par exemple, à une vie idéale fantasmée, à la recherche d’exotisme, à l’utopie amoureuse, à l’errance onirique, mais où la magie montre aussi son autre revers. Mon intention esthétique est d’évoquer la vulnérabilité humaine devant l’inadéquation entre les désirs et la réalité.

Dans mes installations sculpturales et vidéographiques, des effets volontairement racoleurs de fumée, de sons, de miroirs, de lumières colorées, de stroboscopes et autres plaisirs pour l’oeil magnifient divers matériaux de pacotille et objets usuels. Toutefois, la précarité de l’assemblage, ou encore le son ou l’éclairage devenu menaçant, voire insupportable, risque de réduire l’émerveillement en néant, tel un château de cartes au bord de s’effondrer. Dans mes installations, je cherche à interpeller l’imaginaire du spectateur vers l’autre côté d’une porte fermée ou seulement entrouverte, l’autre côté d’une paroi impraticable, d’une paroi criblée de trous, d’une vitrine, de hublots improbables, le judas d’une porte, ou vers l’intérieur d’une armoire mystérieuse par exemple, comme une brèche dans le réel qui s’ouvrirait sur un espace fantasmagorique.

Parallèlement à ma recherche en installation, j’ai une pratique soutenue du dessin qui prend une place de plus en plus importante dans ma trajectoire artistique. Le dessin me permet de construire des espaces où la gravité terrestre n’a plus cours, où le regard est invité à se perdre sans contrainte physique dans une surcharge de lignes labyrinthiques. Mes dessins sont composés de motifs s’amalgamant les uns sur les autres de manière à former des paysages artificiels dans lesquels volcans, montagnes chevelues, labyrinthes, tapis volants, cieux étoilés, carrousel, escaliers en colimaçon et châteaux deviennent des figures récurrentes. Ces paysages réfèrent pour la plupart à des lieux où j’ai voyagé (Égypte, Turquie, Japon), mais qui deviennent dans mes dessins une sorte de version fantasmée. Ces lieux réels devenus espaces irréels s’entichent d’une vision idéalisée du monde où le désir et la fabulation triomphent sur la réalité et la vraisemblance. Mais en même temps, ces paysages aux chevelures noires et aux volcans en éruption flirtent avec la catastrophe et le côté sombre de la psyché.